Les Bains Cinci évoquent la figure scandaleuse de Cinci Hüseyin Efendi — le prédicateur-guérisseur de la cour du sultan Ibrahim Ier (1640-1648) qui devint le personnage le plus influent et le plus détesté de l'Empire. Surnommé « cinci » (exorciste, guérisseur folk), ce faux médecin soignait les accès de folie du sultan par des rituels magiques et des lectures coraniques. Il accumula une fortune immense, interférant dans les nominations militaires et les traités diplomatiques, avant d'être exécuté en 1648 lors du renversement d'Ibrahim Ier lui-même. Dans la mémoire populaire turque, « cinci » devint synonyme de charlatan-guérisseur exploitant la crédulité des puissants. Ces bains qui portent son nom — par association géographique avec son quartier ou ses propriétés vakıf — portent la trace d'un des scandales les plus retentissants de la cour ottomane et d'un mot entré dans la langue turque commune.
Le conseil — Safranbolu est un site du patrimoine mondial de l'UNESCO — la ville ottomane la plus parfaitement préservée de Turquie, où des centaines de demeures, mosquées et le caravansérail Cinci Han, en bois des XVIIIe et XIXe siècles, composent un paysage urbain ottoman complet et vivant. Les bains de Cinci font partie de cet extraordinaire ensemble, nommés d'après le même personnage du XVIIe siècle que le célèbre han, dans une ville dont le nom vient de la culture du safran et dont chaque rue est un musée de l'architecture domestique ottomane.