Les Bains du Çukur dans le quartier de Şehzadeler (Fatih, Istanbul) sont les bains d'une des dépressions topographiques de ce secteur où les anciennes citernes byzantines créaient des creux dans le tissu urbain. Şehzadeler (« Les Princes ») rappelle que ce quartier abritait les palais princiers ottomans — les şehzades (princes héritiers potentiels) y résidaient dans le système de « cage dorée » (kafes) qui remplaça progressivement l'exécution systématique des frères du sultan élu. Ces bains du çukur (du creux) dans le quartier des princes servaient la population civile d'un secteur marqué par la présence impériale — artisans, serviteurs, clercs et marchands vivant à l'ombre des palais princiers du Fatih historique. Un bain dans le creux des princes d'Istanbul, là où la géographie ottomane superpose le palais et le quartier populaire.
Le conseil — Manisa (l'antique Magnésie du Sipyle) était l'endroit où les princes héritiers ottomans étaient envoyés se former comme gouverneurs provinciaux avant d'accéder au trône — la ville mérita le titre de Şehzadeler (Cité des Princes). Les bains de Çukur servaient ce centre d'éducation princière au pied du mont Spil, où Niobé de la mythologie grecque se serait, dit-on, changée en pierre à force de pleurer — une ville dont l'héritage impérial ottoman et la mythologie classique confèrent une profondeur culturelle extraordinaire.